A Wukan, "petite victoire" pour les insurgés

Après dix jours de siège, les villageois du Guangdong sont parvenus à un accord avec les autorités et démontent, pour l'instant, leurs barricades. Un compromis à la chinoise ?

A Wukan, les barricades n'encombrent plus les routes. Ce matin les villageois et le vice-secrétaire du PCC du Guangdong sont parvenus à un accord, rapporte le Telegraph. « Un début de victoire » a déclaré prudemment Lin Zuluan, représentant des habitants de Wukan.

Ce village du Guangdong, en rébellion ouverte contre le gouvernement local, tenait depuis dix jours un véritable siège. A l'origine de cette sédition, une colère soutenue contre l'expropriation de leurs terres, sujet de discorde récurrent en Chine.

Gouvernements locaux et promoteurs immobiliers

« Le problème prend sa source dans la gestion de la fiscalité locale des provinces chinoises, et un souci de répartition du budget » estime Jean-François Huchet, ex-directeur du Centre d'étude français sur la Chine contemporaine à Hong Kong, et enseignant à l'INALCO. « La réforme fiscale de la fin des années 90 a certes décentralisé des fonds vers les régions. Mais la question du budget des circonscriptions internes aux provinces n'a jamais été réglée. »

Manquant de ressources, les gouvernement locaux tirent aujourd'hui l'essentiel de leurs revenus de la vente de terrains à des promoteurs immobiliers. Ceux-ci obtiennent à bas prix l'emplacement de futures usines ou complexes hôteliers, le gouvernement local renfloue son budget et certains fonctionnaires amassent les pots de vin. Seuls oubliés de la transaction, les paysans qui perdent leur outil de travail. Or la compensation reçue en échange n'est jamais importante.

A Wukan, la vente de 275 hectares aurait ainsi rapporté 700 millions de yuans aux autorités (environ 85 millions d'euros), selon le journal chinois Caixin. La somme reçue par chaque paysan ne dépasserait pas en revanche les 550 yuans (66€).

Plusieurs mois de manifestation

Les habitants du village du Guangdong ont protesté tout l'automne contre ce qu'ils considèrent comme une exaction de fonctionnaires corrompus. Ces manifestations réprimées avec violence se sont soldées par l'arrestation des organisateurs. Un scénario classique en Chine mais qui prend à Wukan un tour inattendu suite à la mort en détention du manifestant Xue Jinbo.

Dimanche 11 décembre, des manifestants expulsent les dirigeants locaux et barricadent les routes tandis que les forces de police encerclent le village. C'est le début d'un siège qui durera dix jours et durant lequel les villageois multiplient les rassemblements, tout en renforçant leurs revendications.

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Des manifestants défilent portant la photo de Xue Jinbo
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« J'ai 31 ans mais je n'ai jamais pu voter »

Si la question des terres reste primordiale, les habitants de Wukan remettent désormais en cause la légitimité même de leurs dirigeants. « J'ai 31 ans, mais je n'ai jamais pu voter » déclare un villageois au journaliste de McClatchy. Il n'est pas le seul. Wukan n'a pas connu d'élection depuis 40 ans, le Secrétaire du PCC local ne désirant pas céder sa place. Une situation « anormale » à laquelle les assiégés remédient en organisant eux-même l'élection qu'ils réclament.

« Pour la première fois, des villageois ont pris leur destin en main et élu leurs représentants, en dehors de tout cadre officiel. C'est cela qui fait toute l'originalité des évènements de Wukan. » explique Jean-François Huchet, « Le processus a échappé au Parti. »

Ne pas faire de martyrs

Assiégé mais pas isolé, le village a accueilli plusieurs journalistes étrangers passés au travers des barrages policiers. La presse occidentale a suivi attentivement le cours des évènements et sur Weibo, le twitter chinois, les internautes contournaient la censure pour faire circuler photos et commentaires. Le week-end dernier, la police de Canton a interrompu une manifestation de soutien aux villageois, tandis qu'un rassemblement similaire se tenait à Hong Kong.

Quand les villageois annoncent qu'ils marcheront sur le centre administratif de Lufeng si les autorités ne cèdent pas à leurs revendications, il semble être temps de réagir. Cette manifestation qui confronterait le cortège aux forces de police toujours massées autour du village pourrait dégénérer. Et en cette période sensible, faire des habitants de Wukan des martyrs ne semble pas une option. Il faut désamorcer le conflit.

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Cordon de policiers à l'entrée du village
Weibo

La fin du siège

Plus de marche, plus de barricades. Lors de la rencontre de ce matin, le vice-secrétaire du PCC de la province du Guangdong, Zhu Mingguo, a promis la libération des trois organisateurs des manifestations de l'automne, le retour du corps de Xue Jinbo dans sa famille ainsi qu'une enquête approfondie sur les circonstances de sa mort. Par ailleurs, les représentants des villageois ne devraient pas être poursuivis pour « incitation à la révolte ».

Le vice-secrétaire a repris la route. Dans la ville de Haimen, à 120 km, des manifestations contre une centrale thermique ont dégénéré et le gouvernement du Guangdong a d'autres chats à fouetter.

Mais la hache de guerre est-elle réellement enterrée à Wukan ? D'après le Telegraph, les villageois sont divisés. Si certains accueillent avec soulagement la fin des hostilités, d'autres restent méfiants. Malgré la promesse qu'une enquête sera menée au sujet des expropriations, aucune garantie de restitution n'a été donnée.

Quant aux représentants élus durant le siège, leur porte-parole Lin Zuluan est formel. Tant que la question des terres n'est pas résolue et de nouvelles élections organisées, ils resteront en place.

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article de synthèse très intéressant, merci à ALC.



Souhaitons que ses habitants ne soient pas roulés dans la farine dans quelque temps !
Les autorités en sont bien capables pour éteindre un début de rébellion qui risque de s'étendre au reste de la province et pays. Il serait surprenant que cela reste en l'état pour les autorités qui ne nous ont pas habitués à de tels revirements !
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En tout cas, les médias français n'en ont pas beaucoup parlé !

MOI... je



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