Une journée par an, le Parti demande aux Chinois d'être exemplaires...

Tous les 5 mars, la Chine renoue avec le souvenir du soldat Leifeng connu pour ses actes charitables envers le pays. Ce jour-là, les Chinois sont appelés à imiter cette icône du parti et de l'esprit révolutionnaire, aujourd'hui un peu différemment qu'hier.

Le 4 mars 1963, le président Mao prenait la décision de faire du soldat Leifeng, une icône de la Chine communiste. Héros d'un genre particulier, c'est-à-dire de ceux dont on ne sait pas s'ils ont existé, Leifeng incarne la mise en pratique d'une multitude de bonnes actions charitables, un dévouement sans faille à la cause révolutionnaire, doublé de la figure d'un homme plus enclin aux petites actions qu'aux grands exploits, humble et altruiste.

Tous les 5 mars, une journée lui est dédiée où chaque chinois se doit de reproduire les gestes de celui qui sera dorénavant ériger en nouvel exemple chinois.

La légende raconte qu'il serait né en 1940, orphelin, issu d'un milieu de paysans pauvres. Son père tué par les japonais, sa mère contrainte au suicide, le jeune homme est élevé par le parti. Devenu chef d'escouade dans l'armée et membre du parti, l'homme caresse alors l'idée "d'être une vis révolutionnaire qui jamais ne rouille". Après une multitude de bonnes actions, Lei Feng meurt le 15 août 1962 des suites d'une chute accidentelle d'un poteau téléphonique. La campagne "apprendre avec Leifeng" pouvait commencer. Figure du saint moderne, la Chine se devait dorénavant d'être à la hauteur tous les cinq mars.

Ces dernières années, la presse annonçait d'innombrables actions charitables de la part de l'armée, des hôpitaux ou encore des universités.

En 2003, le China Daily annonçait quelques 40 000 étudiants venus en aide à la population, nettoyant les rues ou donnant des cours de langues étrangères. En 2005, le Quotidien du Peuple vantait l'action des médecins des hôpitaux de Pékin auprès des personnes âgées et des pauvres de la capitale.

À l'aube des JO, les quatre grands hôpitaux de Pékin (Xiehe, Tiantan, Chaoyang, Zhongri Youhao) ont déclaré n'avoir rien fait et les universités se préparent davantage à former leurs volontaires pour les Jeux qu'à inciter les étudiants à la piété de l'icône maoïste.

La figure imposée semble donc connaître un véritablement tournant. Et comme tous les modèles figés, Leifeng n'a pas échappé, de par l'accident stupide de sa mort, à la risée de ses compatriotes, qui, dans une Chine où l'argent est devenu roi, conseillent à leur enfant d'éviter de finir comme Leifeng.

Argent roi et individualisme, c'est donc tout naturellement que l'image du saint moderne a glissé vers une image publicitaire vantant les mérites d'un cybercafé ou d'un médicament. Dernièrement un jeu vidéo à son effigie a été lancé sur le marché.

Le saint moderne est devenu très vite un parfait produit de marketing inépuisable. L'immortalité de la petite vis est assurée.


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