Richard Descoings, directeur de Sciences Po : "L'important, c'est d'être là où ça bouge"

Le directeur de Sciences Po, Richard Descoings, est venu quelques jours à Pékin. Il a accordé un entretien à Aujourd'hui la Chine.

Quelle est la politique chinoise de Science Po ? En Chine et en France ?

- Nous avons actuellement une vingtaine d'étudiants français en Chine et une centaine d'étudiants chinois à Sciences Po. L'objectif de ces échanges, c'est de nous faire connaître par l'élite chinoise. Nous avons également trois enseignants-chercheurs qui vivent et travaillent à Pékin et une dizaine de chercheurs chinois à Paris pour une durée variant de 1 à 10 mois.

L'analyse démographique est simple : avec 1,6 milliards d'habitants, si on est pas en Chine maintenant, on n'y sera jamais.
Le principal, c'est d'être compétitif, c'est-à-dire d'attirer des étudiants mais aussi et surtout d'être là où ça bouge.
On a fait le choix de s'implanter en Chine à travers un petit nombre d'universités dans un premier temps, c'est-à-dire les classiques, comme Beida, Tsinghua et Fudan.

Aujourd'hui, on est présent dans plusieurs pays, par exemple au Brésil depuis 10 ans. C'est notre implantation la plus ancienne car la culture française y est très importante. Nous sommes également présents au Japon et nous commençons à nous développer en Inde. Nous travaillons dans le monde avec un petit nombre d'universités, nous ne voulons pas nous disperser mais évoluer progressivement en profondeur.

Pourquoi est-ce important d'accueillir des étudiants chinois ?

- Ceux qui accèdent à la mobilité en Chine sont des élèves très brillants. Faire venir un étudiant chinois, c'est le convaincre qu'il a fait le bon choix. Le plus important, c'est donc que quand il rentre dans son pays avec un diplôme de Sciences Po, il trouve un métier qui corresponde à ses attentes. Nous participons ainsi à la formation des futurs cadres du pays.

Quel investissement financier cela représente-t-il?

- Pour eux, l'investissement financier est moins important que dans les universités anglo-saxonne : 5300 euros par an en premier cycle. On est donc très en-dessous du marché américain où la scolarité tourne autour de 30 000 dollars.
Mais c'est vrai qu'aujourd'hui être si peu cher, c'est plutôt un handicap. Les étudiants chinois se demandent ce que ça veut dire et si ça ne cache pas une formation moins intéressantes que dans des universités plus chères comme aux Etats-Unis ou en Angleterre!

Quelles leçons tirez-vous des séjours d'étudiants français en Chine ?

- Ceux qui sont venus ici veulent repartir en Chine après leur master. Ceux qui vont en Chine sont parmi les plus entreprenants de nos étudiants. Forcément, la Chine est un choix moins sécurisant que les Etats-Unis ou l'Angleterre et l'investissement dans la langue chinoise est une autre paire de manche.

Mais ils sont très heureux. Ils bénéficient d'une aide financière grâce à un fond de mobilité étudiante. Dans la mesure du possible, on essaie de les aider à trouver un logement. Cela nous oblige à faire évoluer notre métier, qui intègre désormais l'accompagnement de l'étudiant.

Quelles activités exerce Sc Po en matière de formation continue en Chine ?

- Nous offrons une formation continue aux cadres du Parti, aux militaires et aux officiels locaux.
Cet été par exemple, nous avons formé 60 cadres du Parti, 6 heures par jour.
En terme de chiffre d'affaires, la formation continue devrait représenter 8 millions d'euros en 2008. C'est un marché sans limites ici , alors qu'en France, il est saturé. C'est extraordinaire d'un point de vue business mais aussi en terme d'influence et de réseau. On fait partie du "buzz".

Former des politiques chinois, n'est-ce pas une position difficile à tenir?

- C'est intéressant. On assiste à des dialogues extrêmement conflictuels sur les valeurs. Un professeur chinois par exemple discutait de la façon dont l'Ouest utilisait l'argument d'une Chine menaçante pour imposer ses valeurs. L'important, c'est que ce débat ait lieu dans une grande université. De l'autre côté, en France, c'est important aussi de faire comprendre la position chinoise en rapportant le débat au sein de l'université, sur le Tibet ou sur les droits de l'homme par exemple, sinon le débat reste stérile.

Comment Sciences Po participe à l'entrée de la Chine dans le débat mondial ?

- Sciences Po a lancé à Pekin une reflexion sur le l'harmonsation de la mondialisation dans le cadre du Global Public Policy Network (GPPN)
La troisième conférence annuelle du Global Public Policy Network (GPPN) s'est tenue la semaine dernière à l'université de Pékin.

Le GPPN est un réseau créé en 2005 par Columbia University, la LSE et Sciences Po, et rejoint en 2007 par la National University of Singapore. Les quatre universités associent leurs forces de recherche et de formation pour travailler sur des thématiques centrales des politiques publiques.

A Pékin cette année, le thème est "Harmoniser la mondialisation : chercher des solutions à des problèmes communs ", avec des focus sur la régulation financière mondiale, la nécessité de concilier croissance économique et développement durable, l'avenir de la gouvernance mondiale, le rôle de la Chine et plus largement de l'Asie dans l'architecture financière internationale.

A Sciences Po, on a fait le choix d'investir dans les politiques publiques et avec la crise financière mondiale, l'actualité nous a donné raison....

A consulter, le blog de Richard Descoings : http://richard-descoings.net/

 


Image of La société chinoise vue par ses sociologues : Migrations, villes, classe moyenne, drogue, sida
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