Les vols directs Chine-Taiwan ont du plomb dans l'aile

Trois mois après leur restauration, les vols directs entre la Chine et Taipei n'attirent pas les foules du continent. Une frilosité touristique qui reflète celle des relations entre le continent et l'île séparatiste.

En juillet dernier, le premier vol direct entre la Chine et Taïwan depuis 1949 atterrissait sur le tarmac de Tapei. Pour marquer ce moment historique, symbole du réchauffement entre le continent et l'île séparatiste, les 258 touristes chinois à bord s'étaient vu dérouler le tapis rouge.

Et depuis? Rien, ou presque. En trois mois, moins de 300 touristes chinois par jour se sont rendus sur l'île, seulement le double pendant la semaine de vacances chinoises début octobre, selon les statistiques officielles.

Un coup dur pour les autorités taïwanaises qui tablaient à l'époque sur un apport de 60 millions de dollars taïwanais par an (environ 1,5 millions euros) grâce au rétablissement de ces vols réguliers.

Pourtant les professionnels du tourisme ne sont guère surpris, pointant du doigt le poids des formalités mais aussi le prix et la durée du vol.
"A la place, les touristes chinois optent pour des destinations comme la Thaïlande qui est moins chère et qui ne demande que trois jours d'attente pour un visa" (contre un mois et demi pour Taiwan), explique un guide chinois interrogé par l'AFP.

Selon plusieurs agences, une semaine à Taiwan coûte entre 7000 et 10 000 yuans (environ entre 820 et 1100 euros) contre 1800 yuans (210 euros) pour un séjour de même durée en Thaïlande.

La crise économique en prime, les Chinois risquent de regarder à deux fois avant de se décider à faire un tour dans l'île.

Il faut dire aussi que l'attitude du gouvernement chinois y est pour beaucoup. Jouant l'apaisement en surface, la Chine a imposé nombre de restrictions aux voyages à destination de Taiwan.

Actuellement, Pékin autorise uniquement les personnes originaires de 13 villes et provinces à postuler pour un permis de visite sur l'île, et seules 33 agences chinoises ont le droit de proposer des tours opérateurs.

Et ce n'est pas l'accueil reçu la semaine dernière à Tapei par l'émissaire de Pékin Zhang Mingqing qui risque d'arranger la donne.

Le 25 octobre dernier, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Taipei pour protester contre le réchauffement des relations avec la Chine depuis l'arrivée au pouvoir du président Ma Ying-jeou en mai et défendre la souveraineté de l'île nationaliste.

Preuve que les bonnes volontés politiques ne sont pas encore venues à bout de ressentiments bien ancrés des deux côtés de la frontière. Les communistes chinois, qui ont chassé le gouvernement nationaliste du Kuomintang vers Taïwan en 1949 considèrent l'île comme partie intégrante de la Chine et ont menacé d'intervenir militairement si ce territoire déclarait son indépendance.


Image of Taïwan
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