Le futur président chinois aux Etats-Unis pour faire connaissance

Alors que Xi Jinping a débuté sa visite aux Etats-Unis ce lundi, notre partenaire rue89 revient sur l'histoire de la relation sino-américaine, et sur les visites d'Etat qui l'ont ponctuée.

Les Etats-Unis vont apprendre à connaître le futur chef de l'autre grande puissance mondiale, la Chine. Xi Jinping, qui succèdera en octobre prochain à Hu Jintao à la tête du Parti communiste, puis de l'Etat chinois, selon un scénario parfaitement rodé, effectue à partir de dimanche, une visite officielle très attendue aux Etats-Unis.

Xi est le dirigeant de la « cinquième génération » (après Mao, Deng, Jiang et Hu), qui hérite d'un pays devenu la deuxième puissance économique mondiale et un incontournable interlocuteur sur tous les problèmes mondiaux, comme l'a montré le véto chinois (et russe) sur la Syrie.

A quelques mois de sa promotion, on connait encore mal Xi Jinping, pas plus qu'on ne connaissait réellement Hu Jintao en 2002 (« Who's Hu ? » ironisait alors la presse anglophone) lorsqu'il a succédé à Jiang Zemin pour une décennie. En tant que vice-président pendant sa période d'« apprentissage », le numéro 2 fait surtout attention à ne pas commettre de gaffe qui compromettrait la succession...

Comme les symboles comptent, les Américans ont ressorti de leurs cartons des photos de la visite effectuée en 1980, au début de l'ouverture économique chinoise, par le père du futur président, Xi Zhongxun, alors vice-premier ministre, qui avait passé 17 jours aux Etats-Unis. Le Wall Street Journal a publié ces photos, le costume Mao était encore de rigueur...

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Xi Zhongxun, au centre, avec le maire de New York
Ed Koch (Wall Street Journal)

Américains et Chinois ont d'autant plus envie de réussir cette prise de contact que les sujets de friction ne manquent pas entre les deux principales puissances de l'heure : économiques avec le déficit commercial abyssal des Etats-Unis avec la Chine, diplomatiques avec le véto chinois sur la Syrie, politiques avec le durcissement de Pékin vis-à-vis de toute contestation interne ces derniers mois.

« Déficit de confiance »

« Il y a un déficit de confiance entre les deux pays », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères chinois Cui Tiankai à la veille de la visite, résumant l'enjeu numéro un.

Xi Jinping, qui est âgé de 58 ans, a la réputation d'être un nationaliste plus intransigeant, et ne devrait pas être un interlocuteur commode pour les Américains, dans une relation fortement rééquilibrée sous le double impact de la montée en puissance chinoise et de l'affaiblissement des Etats-Unis.

Mais au-delà de la diplomatie, il y a aussi la perception que chaque puissance a de l'autre. La Chine est ainsi devenue un sujet de politique intérieure américaine, un enjeu électoral décuplé par la crise.

Il y a quelques jours, lors du superbowl, alors que des dizaines de millions d'Américains étaient devant leur téléviseur, un candidat républicain au sénat a diffusé une publicité politique qui lui vaut des accusations de racisme. Une actrice chinoise-américaine jouant le rôle d'une Chinoise y remercie, en parlant petit nègre chinois, un élu démocrate pour sa politique dépensière qui fait le jeu de l'économie chinoise. Depuis, les réseaux sociaux sont en ébullition...

Vidéo : la publicité de Pete Hoeskra le soir du Super-bowl

Américains et Chinois, qui se sont combattus pendant la guerre de Corée (1950-1953) au cours de laquelle Mao Zedong a perdu un fils, ont construit à partir des années 70 une relation très particulière, faite de rivalité et de coopération, sans rapport avec celle que les Etats-Unis ont pu entretenir avec l'Union soviétique du temps de la guerre froide.

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Couverture du livre d'Henry Kissinger
...

Dans un livre intitulé « De la Chine » (Fayard) qui sort actuellement en édition française, Henry Kissinger, l'artisan du rapprochement sino-américain, écrit :

« Huit présidents américains et quatre générations de dirigeants chinois ont géré cette relation délicate, avec une cohérence étonnante si l'on songe au gouffre qui les séparait au départ. »

Le père de la realpolitik américaine ajoute :

« Les deux camps ont refusé de laisser les héritages historiques ou des conceptions antagonistes de la politique intérieure entraver cette relation essentiellement fondée sur la coopération.

Le voyage n'a pas été de tout repos, car ces deux sociétés sont persuadées d'incarner des valeurs uniques. »

Tout a commencé avec le voyage de Richard Nixon auprès de Mao à Pékin en 1971, un périple épique devenu depuis un opéra ! Un rapprochement alors motivé par un antagonisme commun contre l'URSS.

Vidéo : Richard Nixon en Chine, 1971

Le rapprochement s'est poursuivi et développé après la mort de Mao en 1976, et le début de l'ouverture économique incarnée par Deng Xiaoping. Ce dernier effectua un voyage resté célèbre aux Etats-Unis, portant sans complexe le chapeau de cowboy et célébrant une amitié ainsi illustrée dans ce documentaire chinois sur cette visite.

Vidéo : Documentaire chinois sur la visite aux Etats-Unis de Deng Xiaoping, en 1979

De l'assurance à l'arrogance

On ne saura jamais ce qu'a pensé le « petit Timonier » en entendant, au côté de Jimmy Carter, de jeunes Américains chanter la gloire de Mao, l'homme qui le fit emprisonner durant la révolution culturelle, et dont les gardes rouges ont paralysé à vie son fils... Mais le geste se voulait positif, juste un peu naif !

La relation s'est poursuivie avec des hauts et des bas, jusqu'à l'arrivée de George Bush à la Maison blanche, qui décréta que la Chine était un « rival stratégique », contrairement à son prédecesseur Bill Clinton qui avait parlé de « partenaire stratégique ».

Mais, comme à chaque présidence, les paroles fermes du début se transforment en coopération économique et même politique, le 11 septembre ayant fait émerger un autre « ennemi numéro un » prioritaire, et la Chine apportant très vite son soutien à l'administration Bush au soir de l'attaque d'Al Qaeda.

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Reste qu'aujourd'hui, les contentieux sont nombreux. La Chine a changé en prenant de l'assurance, du poids, et même de l'arrogance, alors qu'au même moment les Etats-Unis plongeaient dans la crise financière.

Les contentieux économiques sont les plus forts, qu'il s'agisse de la valorisation du yuan, du commerce, ou des investissements. Sur un mode ironique, et musical, ils sont ainsi résumés.

Vidéo : Obama vs Hu, le rap de la bataille économique sino-américaine

Une nouvelle page va commencer à s'écrire bientôt avec Xi Jinping, qui dépendra en partie de la qualité des rapports humains qui vont pouvoir s'établir à partir de dimanche. Il restera à voir si, avec la cinquième génération à la tête d'ue Chine plus forte, la règle relevée par Henry Kissinger de la « cohérence » des rapports sino-américains pourra être perpétuée.

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Les rapports sino-américains ne seront en rien perturbés... Les deux pays ont besoin l'un de l'autre pour continuer à grandir, évoluer et garder une main-mise sur le reste du monde. Même si les deux pays n'ont que peu de considération l'un pour l'autre, pensant chacun de son côté qu'il est bien plus fort et intelligent que l'autre, économiquement parlant l'un ne va et n'ira pas sans l'autre pendant encore bien longtemps, peu importe que la Chine passe ère puissance mondiale demain, la stabilité est leur meilleure amie.

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pendant les longues années de la guerre froide les USA et la Russie se sont neutralisés 'grace" à la menace nucléaire. Chacun avait ses alliés, le Monde "libre" contre le communisme. C'étaient deux camps, faciles à identifier.
Ca reposait beaucoup (pour les spectateurs en tout cas!) sur une divergence idéologique

Maintenant USA et Chine se neutralisent tout autant mais sur le terrain de l'économie mondiale. Ce ne sont plus les idéologies qui les séparent; même si encore pas mal de spectateurs occidentaux s'efforcent d'entretenir la flamme.
On identifie moins clairement les alliés respectifs.
Amerique du nord + Europe contre l'Asie ?
Vieux pays contre Emergents ? Occident contre Asie émergente ?
Par contre on voit apparaitre d'autres "joueurs" Bresil, Afrique du Sud, Russie, Inde.
Le japon se tâte... l'Europe politique ?

Pour avoir connu les deux époques, j'avoue que j'apprecie que l'actuelle période traine moins en longueurs que la premiére. Le communisme m'a paru bien long.....



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