En ping pong, la Chine se cherche désespérément des adversaires

La Chine en a assez de jouer seule dans les compétitions internationales de tennis de table. Pour développer le sport à l'étranger, elle a décidé de réduire les écarts avec ses concurrents. Mais dans le pays, on reproche aux autorités de faire des "loups d'élevage".

Les pongistes chinois ont un défaut majeur : ils sont trop doués. Alors que la plupart des fédérations sportives rêveraient de pouvoir n'être en concurrence qu'avec elles-mêmes dans les  compétitions internationales, l'Association chinoise de tennis de table s'est fixée la mission contraire. En 2009, son objectif prioritaire est de faire diminuer l'écart entre les performances des joueurs de tennis de table chinois et celles de leurs concurrents étrangers.

Un programme qui fait sourire la presse chinoise, qui l'a ironiquement surnommé "mission loups d'élevage", une jolie métaphore pour reprocher aux responsables de ce sport ultra-populaire dans l'Empire du Milieu de brader le niveau hors normes des pongistes chinois. Les journalistes sportifs chinois aiment affubler les pongistes de noms d'animaux. Ryu Seung Min, champion olympique de 2004, était rapidement devenu le "Tigre coréen". Cette fois-ci, ils accusent les autorités sportives de vouloir élever les loups chinois au milieu de la bergerie.

Laisser aux autres leur chance

Car pour réduire l'écart de niveau, les solutions sont limitées : il faut augmenter celui des étrangers ou diminuer celui des Chinois. Pour aider les étrangers, la Chine prévoit d'envoyer certains de ses entraîneurs dans des pays où le ping pong est peu développé et d'accueillir en première ligue des pongistes n'étant pas chinois. Elle envisage également de publier dans les magazines de tennis de table de la planète ses recherches sur les progrès techniques et sur les nouvelles stratégies.

Aux derniers championnats du monde, qui se sont déroulés à Yokohama au Japon, la Chine est allée beaucoup plus loin. Elle a volontairement retiré trois de ses joueurs de la compétition. Wang Liqin, médaillé de bronze en simple à Pékin en 2008, Ma Lin médaillé d'or en simple aux J.O. et Zhang Yining, double championne olympique en simple et numéro un mondial en double et simple n'ont pas participé aux compétitions de double cette fois-ci. Tout cela pour laisser aux autres nations leur chance.

Sur les forums chinois sur internet, certains louent l'altruisme des autorités du tennis de table. D'autres jugent qu'abaisser le niveau pour que les autres puissent participer un peu ne servira pas la performance sportive en général.

Mais l'Association chinoise de tennis de table estime de son côté que les pongistes chinois n'ont plus à faire leurs preuves. Liu Fengyan, son vice-président, a expliqué à la presse locale que la Chine avait déjà réussi son "plan de gloire olympique" dans cette discipline et qu'elle devait désormais se fixer pour rôle de renforcer les jeunes joueurs chinois et d'aider au "développement sain et équilibré du tennis de table dans le monde".

Plan d'assistance en tennis de table

Pourtant, il faudra patienter encore un moment avant de voir les Chinois se faire durablement doubler par des étrangers dans ce sport, qui est l'un de leurs favoris. Le pays a su, au fur et à mesure, imposer sa domination sur le ping pong mondial, grâce notamment à des écoles formant des sportifs de haut niveau, telles que Shichahai, située au coeur de Pékin. Une domination qui a atteint son paroxysme aux Jeux Olympiques de 2008, lors desquels ils se sont révélés imbattables.

Lors de cet événement à sa gloire, la Chine a réalisé que sur le plan médiatique, les pays étrangers ne s'intéresseraient pas au sport dans lequel elle excelle tant que leurs sportifs n'auraient pas leurs chances dans la discipline. Et quitte à être les meilleurs, autant l'être devant les autres.

Cai Zhenhua, vice-ministre des sports, plus haut responsable du tennis de table chinois et ancien entraîneur de l'équipe nationale chinoise, a défendu le plan. "Nous avons atteint le sommet du tennis de table aux Jeux Olympiques de 2008 en raflant tous les titres, et maintenant nous devons partager avec la Fédération internationale de tennis de table sa responsabilité de rendre le jeu plus populaire et spectaculaire" a expliqué M. Cai au quotidien anglophone China Daily. Il a également tenu à répondre au petit surnom donné par les médias à son programme : "Mission loups d'élevage, est un titre accrocheur. Mais je pense que cela devrait plutôt s'appeler plan d'assistance en tennis de table" a-t-il jugé.
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